Le Time To Market, un bon indicateur pour une transformation agile ?

J’ai très souvent lu ou entendu que l’agilité permettait d’avoir un meilleur Time To Market (TTM) que les traditionnelles méthodes orientées cycles en V. C’est un bon argument commercial auquel les décideurs peuvent être sensibles. C’est aussi quelque chose que je crois dans le sens où l’agilité nous donne des clés pour livrer rapidement et fréquemment de la valeur aux clients. Une transformation agile est souvent motivée par une amélioration du TTM. Dans ce cas, comment peut-on mesurer la progression vers cet objectif, peut-on considérer le TTM comme indicateur à revoir régulièrement pour vérifier la distance à la cible? Pas si simple.

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Une entreprise capable de mettre très rapidement sur le marché de nouveaux produits ou services est très compétitive. Cette performance de la chaîne de valeur peut être associée au TTM. Une organisation qui souhaite l’améliorer peut par exemple se donner comme objectif de sortir un nouveau produit en quatre mois au lieu des six habituels. Si elle décide de piloter sa transformation à partir d’indicateurs de performance, il est probable qu’elle fasse du TTM l’un des plus importants. Dans ce cas, elle pose un cadre où cet indicateur doit être précisément défini et mesurable.

Le Time To Market, c’est quoi précisément ?

Le TTM, c’est le temps que met une idée pour se transformer en fonctionnalité utilisée. Il est difficile d’être plus précis, car cette idée peut être un produit, un projet, une fonctionnalité ou tout simplement une user story. Il y a également plusieurs interprétations possibles de la date de fin : elle peut correspondre à la livraison (une équipe opérationnelle se charge de vérifier que la fonctionnalité est utilisable en production), à un test de la fonctionnalité par l’utilisateur final en production (sans que celle-ci soit encore officiellement proposée) ou une première utilisation de la fonctionnalité par un utilisateur lambda.

Quel objectif souhaitez-vous atteindre en mesurant le Time To Market ?

S’agit-il d’avoir un avantage concurrentiel en étant premier sur le marché ?
Peut être souhaitez vous être plus flexible vis à vis d’un marché changeant ?
Ou bien voulez vous optimiser des activités bien précises (test, déploiement, etc.) ?

1. Temps de conception d’un produit minimum viable (MVP)

Peut-être souhaitez-vous surveiller de près le temps de conception d’un produit avec les fonctionnalités nécessaires pour gagner de l’argent et obtenir les premiers feedbacks des early adopters. Ce produit minimum viable peut prendre la forme d’une publicité sur Google, d’un powerpoint, d’une boite de dialogue ou encore d’une landing page. Ce TTM peut aller de quelques heures à quelques jours.

2. Time To Market produit

Peut-être souhaitez-vous améliorer le TTM de l’ensemble de vos produits. Votre objectif est alors de réduire le temps qui s’écoule entre une idée et la mise à disposition du produit fini aux utilisateurs. A chaque nouveau lancement de produit, vous pouvez mesurer leur TTM pour vérifier qu’il y a effectivement un gain par rapport à ceux des gammes précédentes. Pour mesurer les améliorations durant la phase de conception, il vous faudra des indicateurs plus fins comme la fréquence de livraison, le TTM d’une MMF (Minimum Marketable Feature), le temps de réalisation et de livraison d’une user story, etc.

3. Time To Market d’une MMF

Peut-être souhaitez-vous améliorer le TTM moyen de vos MMF. Cela veut dire que vous vous intéressez déjà à la manière d’obtenir des fonctionnalités suffisamment découpées qui portent un certain type de valeur (fonctionnel, performance, etc.) et qui démontrent le comportement du produit.

Une MMF peut se découper en plusieurs user stories. Dans ce cas, elle pourra être considérée comme terminée quand l’ensemble de ses user stories sera terminé. L’effort de réalisation est propre à chaque MMF donc leur TTM le sera aussi. Cette variation du TTM peut s’observer à l’aide d’outils statistiques (moyenne, min, max, etc.) afin d’en extraire les axes d’amélioration.

Il est aussi possible de s’intéresser au temps qui s’écoule entre l’expression d’un besoin / d’une fonctionnalité et le découpage en MMF pour optimiser les activités associées.

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4. Time To Market d’une user story

Est-il pertinent de parler de TTM pour des user stories ? Il est possible de faire le lien lorsqu’une MMF n’implique qu’une user storie. Pour les autres cas, le sens se perd et l’intention de mesurer cet intervalle de temps correspond plus à mesurer la performance de la chaine IT.

Combien de temps faut-il à votre équipe pour réaliser et livrer une user story en production ? Vous pouvez aussi vous poser cette question par rapport à une simple modification du code source comme le changement d’un nom de variable.

Le Time To Market, un bon indicateur pour une transformation agile ?

Si votre transformation agile est guidée par une amélioration du Time To Market, alors les délais des activités de la chaine de valeur seront des indicateurs intéressants. Nous avons vu plus en amont le TTM d’une MMF et le temps de réalisation d’une user storie jusqu’à sa mise en production. Il existe beaucoup d’autres mesures utiles à capturer. Elles ne seront cependant pertinentes que si elles sont liées à des activités (ou ensemble d’activités) à optimiser.
Il est possible de les mettre en évidence avec un outil comme le VSM (Value Stream Mapping). L’équipe est consultée pour identifier l’ensemble des activités de la chaîne de valeur, avec les temps d’attente et de travail effectif pour chacune. En fonction des contrastes entre les attentes et la réalité, elle choisit et nomme des indicateurs à suivre en les marquant par des dates de début et de fin sur le VSM (ex: temps entre début et fin des tests de non-régression, temps entre la livraison et l’utilisation d’une fonctionnalité, temps entre la définition d’un besoin et son développement, etc.).

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Activités, temps d’attente et souhaits d’amélioration (en rouge)

Le Time To Market “produit” peut être un indicateur intéressant à suivre si on s’intéresse à un parc de produits (smartphones, voitures, etc.) à concevoir plus rapidement. Pour les logiciels informatiques, c’est un peu diffèrent dans le sens où un utilisateur peut bénéficier très rapidement d’une fonctionnalité qui lui apporte beaucoup de valeur même si le produit est loin d’être terminé. C’est cette capacité à bénéficier de valeur rapidement qui est intéressante à mesurer. On sélectionnera pour cela des indicateurs fins comme le TTM d’une MMF, le temps de réalisation d’une user storie jusqu’à sa mise en production, la fréquence de livraison, etc.

Ainsi, une démarche d’amélioration du Time To Market doit être guidée par cette livraison rapide et régulière de la valeur et non pas une diminution du temps de conception d’un bloc de fonctionnalités à périmètre identique. Il ne s’agit pas de faire les mêmes activités plus vite, mais plutôt de forger une chaine de valeur avec des acteurs qui ont de fortes interactions et qui s’offrent un cadre d’amélioration continue.

photo credit: mercado-de-valores-300×225 via photopin (license)

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